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Bérénice. Ericapoint Ericapoint
   
Titus… Car enfin, ma Princesse, il faut nous séparer.

Bérénice
Ah cruel !
Est-il temps de me le déclarer ? Qu'avez-vous fait ?
Hélas ! Je me suis crue aimée.
Au plaisir de vous voir mon âme accoutumée
Ne vit plus que pour vous.
Ignoriez-vous vos lois, Quand je vous l'avouai pour la première fois ?
À quel excès d'amour m'avez-vous amenée ?
Que ne me disiez-vous : Princesse infortunée, Où vas-tu t'engager, et quel est ton espoir ?
Ne donne point un coeur, qu'on ne peut recevoir.
Ne l'avez-vous reçu, cruel, que pour le rendre
Quand de vos seules mains ce coeur voudrait dépendre ?
Tout l'empire a vingt fois conspiré contre nous.
Il était temps encore.
Que ne me quittiez-vous ?
Mille raisons alors consolaient ma misère.
Je pouvais de ma mort accuser votre père, Le peuple, le Sénat, tout l'empire romain, Tout l'univers plutôt qu'une si chère main.
Leur haine dès longtemps contre moi déclarée, M'avait à mon malheur dès longtemps préparée.
Je n'aurais pas, Seigneur, reçu ce coup cruel
Dans le temps que j'espère un bonheur immortel, Quand votre heureux amour peut tout ce qu'il désire, Lorsque Rome se tait, quand votre père expire, Lorsque tout l'univers fléchit à vos genoux, Enfin quand je n'ai plus à redouter que vous.

Titus
Et c'est moi seul aussi qui pouvais me détruire.
Je pouvais vivre alors, et me laisser séduire.
Mon coeur se gardait bien d'aller dans l'avenir
Chercher ce qui pouvait un jour nous désunir.
Je voulais qu'à mes voeux rien ne fût invincible, Je n'examinais rien, j'espérais l'impossible.
Que sais-je ? J'espérais de mourir à vos yeux
Avant que d'en venir à ces cruels adieux.
Les obstacles semblaient renouveler ma flamme.
Tout l'empire parlait.
Mais la gloire, Madame, Ne s'était point encore fait entendre à mon coeur
Du ton dont elle parle au coeur d'un empereur.
Je sais tous les tourments où ce dessein me livre.
Je sens bien que sans vous je ne saurais plus vivre, Que mon coeur de moi-même est prêt à s'éloigner.
Mais il ne s'agit plus de vivre, il faut régner.

Bérénice
Hé bien régnez, cruel, contentez votre gloire.
Je ne dispute plus.
J'attendais, pour vous croire, Que cette même bouche, après mille serments
D'un amour, qui devait unir tous nos moments, Cette bouche à mes yeux s'avouant infidèle, M'ordonnât elle-même une absence éternelle.
Moi-même j'ai voulu vous entendre en ce lieu.
Je n'écoute plus rien, et pour jamais adieu.
Pour jamais !
Ah Seigneur, songez-vous en vous-même
Combien ce mot cruel est affreux quand on aime ?
Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous, Seigneur, que tant de mers me séparent de vous ?
Que le jour recommence et que le jour finisse, Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice, Sans que de tout le jour je puisse voir Titus ?
Mais quelle est mon erreur, et que de soins perdus !
L'ingrat de mon départ consolé par avance, Daignera-t-il compter les jours de mon absence ?
Ces jours si longs pour moi lui sembleront trop courts.

Crédit photo ericapoint © 2016
Bérénice
Zeitgenössische Kunst,  Kunstphotographien,  Digitale Drucke
Autor: Ericapoint
Themen: Porträt, Autoporträt  /  
 
gepostet: 11 September, 2016 / bearbeitet: 11 September, 2016
Copyright Ericapoint

 
Bérénice
Preis nicht öffentlich
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Ericapoint
Ericapoint
Künstler 
Reims, Frankreich
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